mercredi 26 décembre 2012

Regarder son enfant pour l’aider à grandir...suite

Le compte rendu d'une soirée qui a eu lieu genre plusieurs semaines avant ça vous dit ? Non pas trop hein : ça fait loin ! Tant mieux parce qu'en fait, ça ne sera pas vraiment un compte rendu mais simplement quelques réflexions ou plutôt quelques précisions sur le débat qui s'en est suivi. Enfin bon, pour cela, il faut quand même que je vous dise en quelques mots de quoi il en retournait, afin de rafraîchir la mémoire des personnes présentes et histoire d'intéresser quand même les nouveaux arrivants ici, les absents et les excusés.

Ça se passait donc à la Maison des associations, au 28 rue Denfert Rochereau à Lyon 4. Nous étions le jeudi 22 novembre et c'était organisé par  La cause des parents.  

Il s'agissait d'une soirée débat avec des extraits du film "Entre parents et enfants : à l'aventure de la motricité" C'est aussi pour cela qu'il n'y aura pas vraiment de compte rendu (regarder un film et prendre des notes en même temps est un exercice que je ne maîtrise pas vraiment, et puis d'ailleurs j'ai horreur qu'on me raconte un film... bref !)

Sylvie Mugnier, psychologue clinicienne et formatrice à l'association Pikler était venue présider la soirée. Dans un premier temps, elle nous a présenté brièvement les travaux d'Emmi Pikler et nous a expliqué ce que l'on entendait par "Motricité libre".

Pour rappel, Emmi Pikler était une pédiatre hongroise (9 janvier 1902 Vienne/ 6 juin 1984 à Budapest). "Diplômée de la faculté de médecine de Vienne, elle part s'installer à Budapest. En 1947, on lui propose de prendre la direction de la pouponnière de Lóczy, créée pour les orphelins de guerre. Elle met alors en place une approche éducative et médicale innovante, en posant comme principes la libre activité de l’enfant, son bien-être corporel, la qualité du soin et la relation privilégiée avec l’adulte qui s’en occupe ('référent'). Très vite, la formidable réussite de Lóczy fait école. Et aujourd'hui encore, la philosophie d'Emmi Pikler jouit d'un intérêt grandissant" Les plus perspicaces d'entre vous auront remarqué que je vous l'ai joué à la Houellebecq et que je n'ai fait que recopier Wikipédia. 

La soirée de la cause des parents concernait donc un des trois fondements de la théorie éducative d'Emmi Pikler à savoir la motricité libre. Cela consiste"à laisser libre cours à tous les mouvements spontanés de l’enfant sans les lui enseigner, (ndlr : on ne met pas le bébé sur le ventre pour qu'il joue si il ne sait pas se retourner tout seul, on n'assoit jamais l'enfant avant qu'il ne le fasse seul, on ne le fait pas marcher en lui tirant les bras) dans un environnement sécurisé. Il se base sur l'idée que aussi bien les contraintes empêchant l'enfant de bouger, que les incitations trop précoces à accomplir des gestes non maîtrisés par l'enfant, retardent son développement ou son autonomie. Utilisée d'abord dans un cadre familial, puis étendue à la pouponnière de Lóczy, cette théorie, novatrice à ses débuts en 1920, est pour partie largement intégrée dans les pratiques éducatives actuelles en France sous l'impulsion de Françoise Dolto, et continue à faire l'objet de recherches complémentaires". (Ainsi s'achève la contribution de Wikipédia à ce billet avec mes remerciements)

Dans un premier temps donc Sylvie Mugnier nous a surtout présenté les différentes étapes posturales du bébé afin que nous puissions mieux apprécier le film et que tout le monde sache comment et où observer pour comprendre l'intérêt des images. Cette présentation avait pour but aussi de prouver que ce n'est pas parce que le bébé n'est pas maintenu assis ou mis debout qu'il n'est pas actif et qu'il ne peut pas jouer. Vous retrouverez toutes ces postures dans la petite vidéo qui suit et si vous voulez aller plus loin vous pouvez aussi, comme Sylvie vous l'a proposé vous procurer le livre "Se mouvoir en liberté dès le premier âge" dont les croquis de cette vidéo sont tirés.






S'en est suivi la projection du film (on les excuse pour les petits incidents techniques au démarrage!) puis d'un débat  durant lequel les participants ont posé d'intéressantes questions auxquelles je n'avais jamais réellement pensé.

Une maman adepte du portage (comme visiblement de nombreuses mamans présentes à la conférence) s'est interrogée sur la compatibilité entre portage et motricité libre. Je la comprends. Cette maman a sans doute choisi de porter son enfant dans une optique de maternage proximal avec pour but de sécuriser son bébé au maximum et de lui apporter confiance et sérénité. On peut comprendre qu'elle soit perplexe quand au fait de laisser son bébé se débrouiller seul sur un tapis de jeu sans prendre part à son apprentissage moteur. Pourtant ce n'est pas incompatible.

D'abord, la motricité libre n'a pas d'intérêt pour un tout petit qui sort à peine de la maternité. Cela ne deviendra intéressant pour lui que dans la mesure où ses progrès lui permettront d'être véritablement actif sur le tapis. Ce n'est que lorsque le bébé commence à découvrir ses mains avec intérêt qu'on peut envisager de lui proposer des séances de motricité à terre sur un tapis. Ça laisse ainsi aux mamans maternantes 3 bons mois durant lesquels elles pourront se livrer à un portage intensif.

Ensuite il ne s'agirait pas de croire que la motricité libre est une méthode d'apprentissage qui a des règles strictes et qui doit être appliquée 24 h sur 24. Nous ne sommes pas à Lóczy et nous cherchons simplement à adapter ce qui peut nous être utile au quotidien. On ne vous demande pas d'abandonner votre enfant au sol tel un vulgaire ver de terre et de ne plus vous en occuper que de loin. C'est simplement un état d'esprit à acquérir, une philosophie à suivre qui vous propose des alternatives. Là ou d'autres personnes vont déposer leur bébé dans un transat pour jouer, ou vont le caler entre des coussins pour qu'il soit assis, vous vous saurez (parce qu'on vous l'a démontré et que vous vous en rendrez vite compte par vous-même) que votre enfant est plus actif si il est couché à plat dos sur un tapis avec autour de lui des objets choisis méticuleusement pour exercer sa curiosité naissante.

Les séances de motricité et d'activité libres doivent être adaptées en longueur aux capacités et à l'intérêt de l'enfant pour l'exercice. Au début ça ne représentera que peu de temps sur une journée entière et ça vous laissera de grandes plages de temps pour le portage.

Peut être certains d'entre vous auront cru que c'était la verticalité qui posait problème (on m'a déjà demandé comment je faisais si je n'asseyais pas les enfants pour les faire roter après le biberon). Ce n'est pas le fait que les enfants soient verticalisés comme dans le portage qui pourrait être néfaste. C'est le fait qu'ils le soient sans être soutenus correctement. Donc oui à la maison, ils ont droit à leur petit rototo puisqu'ils sont soutenus par mes mains et mon corps tout entier, et non à mon sens, le portage, à condition qu'il soit effectué à l'aide d'un système physiologique (pas comme dans un Babybjorn par contre) n'est pas incompatible avec la liberté de se mouvoir. Tout est question de dosage. Une journée est assez longue pour pouvoir jongler entre les deux.

Reste le cas de ces mamans pour qui il est inconcevable de se détacher physiquement de leur petits ne serait-ce que quelques minutes et qui ont choisi (mais est-ce bien un choix  ou cela cache-t-il simplement autre chose ?) d'être des mamans kangourous exclusivement et ce jusqu'à ce que leur enfant soit déjà bien grand. A ces mamans, je proposerai de s'interroger sur le sens étymologique du mot éducation : du latin ex-ducere, guider, conduire hors. Le but de l'éducation n'est-il pas de donner toutes les bases à un enfant pour en faire quelqu'un d'épanoui capable de se détacher de nous et de se débrouiller seul ? Et c'est une personne qui au départ a choisi le métier d'assistante maternelle parce qu'elle était incapable de confier ses enfants à qui que ce soit qui écrit ces mots !

Pour conclure sur cette question, je voudrais aussi signaler que le film ne traitait que de la motricité libre et que nous n'avons donc pas aborder l'autre versant des travaux d'Emmi Pikler qui concerne la qualité des soins apportés au bébé. Sans connaissances sur cette autre partie tout aussi importante de la théorie éducative d'Emmi Pikler, le spectateur non averti peut avoir un peu plus de mal à s'apercevoir que nous nous inscrivons là dans un concept de bientraitance qui est tout à fait compatible avec les valeurs prônées par le maternage proximal.

Ça n'a pas été évoqué lors de la réunion mais je voudrais quand même rajouter que si le couple portage/motricité libre est très bien assorti, je resterais plus dubitative sur le couple couches lavables/motricité libre.

En effet, j'ai pu moi même remarquer que dans certains cas, les couches lavables par leur raideur ou leur épaisseur pouvaient entraver la motricité des bébés qui sont alors gênés au niveau du bassin notamment. Peut être que le problème n'est pas présent pour tous les systèmes de couches lavables. Je n'ai pas assez d'expérience en la matière. il me semble que le problème est d'autant plus important si l'on a choisi un système de couches à taille unique dans lesquelles on est obligé au début de créer des surépaisseurs avec les langes à l'intérieur de la couche. De même, comme les bodys ne sont pas encore prévus pour l'utilisation de ces couches plus imposantes que les couches jetables, ils sont souvent trop serrés et empêchent l'enfant de lever les jambes avec aisance. Peut être aussi que nous manquons encore de confiance face à ces couches lavables et que nous les serrons trop par peur des fuites ! Du coup l'enfant par notre faute se retrouve saucissonné et n'est pas vraiment libre de ses mouvements. Ceci dit son développement est alors retardé de quelques semaines mais le petit finit toujours par trouver une solution quand même ! C'est tellement mignon de voir un tout petit jouer au commando que Nounou est peut être simplement trop pressée !

Une autre question semblait aussi tarauder l'assistance : celle de la sécurité de l'enfant. En effet dans le film, on voit une très jolie séquence où un bébé "rampeur" arrive sans difficulté à descendre une marche non sans avoir au préalable juger de la faisabilité de son action en jaugeant avec son bras pour savoir si il pouvait réellement le faire. Cette scène a bien fait comprendre aux spectateurs que si nous avions peur de ce genre de situation c'était en grande partie parce que nous ne faisions pas confiance à l'enfant et à ses compétences. L'enfant lui maîtrise la situation et le film montre bien que toute intervention de l'adulte est inutile. 

Des mamans ont alors demandé ce qu'il se serait passé si il n'y avait pas eu une marche mais plusieurs. L'enfant n'aurait pas pu se rendre compte de la difficulté et serait alors tombé. Dans le meilleur des cas, l'adulte aurait pu éviter l'accident en empêchant le bébé de se lancer dans cette action et en l'arrêtant avant. Mais dans ce cas, ce qui gênait l'assistance c'était l'incohérence entre le fait de faire confiance à l'enfant et le fait de lui interdire cette action. On ne pouvait pour autant pas le laisser faire, le risque étant trop grand. 

Pour tout dire, cette question me fait un peu peur. Ce n'est pas parce qu'on vous demande de faire confiance à l'enfant qu'il faut le laisser faire tout et n'importe quoi ! Vous avez toujours une obligation de protéger l'enfant des dangers de l'environnement même si vous le laissez se mouvoir en liberté. Il n'est pas question de l'élever tel un enfant sauvage. Par contre c'est à vous de faire en sorte de ne pas être confrontés à cette incohérence entre interdire et laisser faire en anticipant les situations. A vous de réfléchir et de sécuriser les lieux afin que le bébé soit libre de se mouvoir sans risque. L'anticipation basée sur l'observation de votre enfant et de ses capacités est la clé du problème. Il n'est bien évidemment pas question de laisser un petit seul devant un escalier abrupt. Mais à vous de faire en sorte que vous ne soyez jamais obligés de lui interdire. D'ailleurs même Wikipédia vous le dit : la motricité libre se pratique dans un "environnement sécurisé" ! 

Je vais m'arrêter là, j'ai déjà beaucoup parlé et j'ai peur d'avoir déjà perdu des lecteurs en route ! Si vous avez participé à cette soirée et que vous avez des choses à rajouter, je vous invite à le faire par le biais des commentaires.








1 commentaire:

  1. Merci pour cet article intéressant...
    Je me pose la même question que vous pour les couches lavables...

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