dimanche 8 mars 2015

Miriam Rasse : La transmission aux parents





Le 20 novembre dernier, j'ai eu le plaisir d'assister à la rencontre de novembre des assistantes maternelles organisée par le groupe lyonnais de l'association Pikler Loczy de France pour une réflexion sur l'enfant. Ces soirées débats créées spécialement pour un public d'assistants maternels mais ouvertes à tous, professionnels de la petite enfance ou parents, se déroulent chaque année à la même époque, sur un thème à chaque fois renouvelé.

Cette année, la réunion portait sur les transmissions aux parents, avec aux commandes, Miriam Rasse en personne, directrice de l'association mais aussi psychologue en crèche.



Les relations avec les parents : 


En préambule à son intervention, Miriam Rasse a tenu à rappeler quelques éléments concernant les relations avec les parents. En effet, ce ne sont pas des relations très simples car elles comprennent de nombreux facteurs et de nombreux enjeux. Elles commencent pendant la période d'adaptation qu'il ne faut surtout pas négliger. On est souvent tenté de l'écourter or il faut au contraire prendre du temps car c'est à ce moment que se construisent les bases des relations futures. Durant cette période, il faut définir le cadre de l'accueil. Plus il sera défini précisément, plus on pourra par la suite s'y référer. On doit bien sûr rappeler les termes du contrat, mais aussi parler de la place de l'enfant au domicile de l'assistant maternel : les pièces privées et celles du travail ; on parlera aussi de l'organisation de la journée. Il faut toujours garder en tête que les parents nous confient leur "bien" le plus précieux. Ils veulent le protéger et ils ont des craintes. Saurez-vous bien vous occuper de leur enfant ? La confiance est quelque chose qui se construit et les transmissions au quotidien ont une place importante dans l'instauration de cette confiance. Il faut des preuves concrètes pour qu'ils aient confiance.

D'autre part, ils ont aussi des craintes par rapport aux relations que l'enfant va construire avec vous. Ils sont contents que l'enfant soit bien mais ils craignent que l'assistante maternelle prenne trop d'importance. Parfois ils interprètent certaines situations dans ce sens comme par exemple quand l'enfant ne veut pas partir le soir.

Très vite, ils peut y avoir des phénomènes de rivalités, de compétition : on se compare. Qui est le meilleur ? Or pour de bonnes relations, il faut essayer de ne pas entrer en rivalité. Nous ne sommes pas à la même place : les parents sont là pour toute la vie alors que nous, nous n'intervenons que quelques années tout au plus.

Notre rôle est de conforter les parents dans leur place et dans leur relation avec leur enfant. Il faut ainsi valoriser ce que les parents apportent, leur dire par exemple que si l'enfant profite bien de sa journée chez vous c'est parce que le parent a su donner la confiance nécessaire, sa sécurité est déjà construite. Cela conforte les parents dans leur importance. Nous, assistant maternels, sommes à une autre place, à une fonction complémentaire mais non équivalente. On ne remplace pas : on prend soin de l'enfant en l'absence de ses parents. C'est une fonction d'accueil. On accueille l'enfant comme il est, mais aussi les parents. Même absents, les enfants portent leurs parents à l'intérieur d'eux.

On peut être tenté de penser, quand l'enfant n'a pas le même comportement avec les parents qu'avec nous, que l'on fait mieux qu'eux. Or ce n'est pas le cas. C'est simplement parce que la relations avec les parents et avec nous, n'est pas la même. Et de la vient la différence : nous ne sommes pas touchés de la même façon et il est bien plus simple de mettre des règles avec les enfants des autres qu'avec nos propres enfants. C'est pour cette raison que les enfants ont des comportements différents. D'ailleurs on peut penser que si un enfant se comporte trop sagement, c'est peut être qu'il n'est pas sûr de la relation qu'il a avec l'assistant maternel. Si il commence à s'opposer, c'est qu'il est peut-être en confiance. Lors des retrouvailles le soir, l'enfant sait que si il pousse les limites il aura peut-être ce qu'il veut. Il a appris que ce qui le lie à ses parents est tellement fort que ça ne sera pas remis en cause par son comportement. C'est là qu'il faut expliquer la situation aux parents et dire que c'est normal : quand les enfants s'opposent, c'est parce qu'ils les aiment.

Il ne faut pas oublier non plus que tous les jours, l'enfant doit vivre la séparation. Il va donc falloir qu'il mette en place des choses pour ne pas être trop triste.

Alors quel comportement adopter ? Il faut se retenir de donner des conseils aux parents. C'est important qu'ils trouvent leur propre chemin car il n'y a pas une seule façon de bien s'occuper d'un enfant. Nous ne sommes pas là pour conseiller le parents mais pour lui transmettre tout ce qu'on a pu constater des capacités de son enfant.

Ne pas transmettre des conseils mais des connaissances 

C'est une façon de les valoriser. Sur la question des règles et limites, nous devons insister sur la régularité et essayer qu'il n'y ai pas trop de règles mais qu'elles soient toujours les mêmes. 

Il faut garder en mémoire que pour le parent aussi, il faut qu'il se sépare tous les jours et que ce n'est pas toujours un choix Il est difficile même pour ceux qui choisissent la situation de se séparer de son enfant surtout quand il est tout petit. Quand il arrive chez nous, ça ne fait parfois que 3 mois qu'ils se connaissent. C'est très peu ! On commence à peine à se connaître qu'il faut se séparer. C'est une relation en construction et comme tout ce qui est en construction c'est vulnérable et fragile donc il faut en prendre soin. 

Le professionnel doit prendre soin de la relation parents-enfant

Il ne faut pas juger le parent qui est le phare pour l'enfant. On ne doit pas y toucher. Aucun parent ne fait exprès de faire mal. Il fait ce qu'il peut. Il faut veiller à ne pas attaquer cette relation. Le parent a besoin d'être accueilli tel qu'il est, ce qui ne veut pas dire que l'on doit accepter tout (on doit poser des règles). Accueillir n'est pas accepter. On entend ce qu'ils ont à dire sans être obligé de se plier à toutes leurs exigences. 

Avant 3 ans, un enfant n'est pas prêt pour se séparer de sa famille. Ses parents sont sa sécurité fondamentale et il ne peut pas les faire exister quand ils ne sont pas là. Même si on lui dit tous les jours que les parents reviennent, il n'en est pas tout à fait sûr (voir Piaget : la permanence de l'objet car ce qui est vrai pour les jouets l'est aussi pour les personnes).

Notre travail c'est alors de pouvoir parler à l'enfant de ses parents pour les rendre présents. On peut par exemple parler à l'enfant des transmissions des parents : "tu as l'air d'avoir faim, c'est vrai que maman m'a dit que tu n'avais pas bien mangé ce matin" De même, quand l'enfant dit maman au cours de la journée au lieu de lui dire "je ne suis pas maman" on peut très bien lui dire "tu penses à ta maman" et relater les faits aux parents : " votre enfant pense souvent à vous". 

Le fait que le parent soit aussi notre employeur ne simplifie pas les choses. On parle au parent mais aussi à l'employeur : on est obligé de monnayer la relation. 

Les transmissions du matin :

Les transmissions sont importantes et cela nécessite du temps. Comme c'est important, il ne faut pas les faire n'importe comment, éviter de les faire sur le pas de la porte ou devant l'école. Elles ont une fonction principale : la continuité. Elles relient des vécus différents. Les deux mondes sont totalement différents et il est important d'aider l'enfant à relier ces expériences différentes. Il est en train de construire son identité (qui je suis). Il ne se connaît pas lui-même. Il ne commencera à se comprendre que quand il dira JE (vers 2 ans 1/2, 3 ans). Il faut qu'il sente qu'il est toujours lui, chez ses parents ou chez l'assistant maternel. Mais relier des expériences différentes ne veut pas dire faire pareil. Prenons par exemple le sujet de l'acquisition de la propreté. Parfois les parents décident que leur enfant ne doit plus porter de couches à la maison et vous demandent d'en faire autant chez vous. Vous, vous savez qu'à votre domicile il n'est pas prêt. Vous pouvez très bien leur faire comprendre que chez vous, il en a encore besoin et que de ce fait, vous continuerez à lui en mettre avec leur accord pendant quelques temps. Ainsi, en cours de journée, vous pourrez dire à l'enfant : "je sais qu'à la maison tu ne mets plus de couches mais ici, tu en as encore besoin et je sais que tes parents sont d'accord." La continuité n'est ainsi pas rompue. 

Mais de quoi a-t-on besoin pour assurer la continuité justement ? Et bien, nous avons besoin de tout ce qui nous aide à décoder le comportement de l'enfant pendant la journée. Un petit enfant est capable d'exprimer ce dont il a besoin par son comportement. Il parle avec son corps. Il s'agit donc de décoder ce qu'il nous dit. Plus les parents nous donnent d'informations plus l'enfant se sentira compris, pris en compte. A-t-il bien dormi, bien mangé, est-il malade ? Y'a-t-il eu des incidents lorsque l'enfant a été préparé le matin qui auraient pu le mettre en colère ? 

Il y a toutefois des événements qu'il est bon de connaître mais dont on n'a pas besoin d'apprendre les détails : problèmes de couples tels que les divorces, disputes ou autres problèmes familiaux. Nous devons être capables d'arrêter les parents quand ils nous en disent trop en leur faisant remarquer que nous ne sommes pas les bonnes personnes pour accueillir ces confidences. Il faut garder une distance et toujours se demander si nous avons besoin de savoir ce que le parent est en train de nous dire. Nous ne sommes pas là pour devenir des "copines" et prendre partie. Il faut avoir en tête que plus tard,  ils pourraient regretter d'avoir dit des choses personnelles, ce qui compliquerait les relations futures. L'enfant, lui va être fragilisé et il aura encore plus besoin de sentiments de sécurité (repères, valorisation). Il faudra faire attention à lui. Pour résumer il faut se protéger et protéger la relation que l'on a avec le parent. 

Les parents eux, peuvent avoir besoin de transmettre un grand nombre d'informations lors de ces transmissions du matin. Ça les rassure. Ils vont apporter des éléments pour que l'enfant soit bien. Ils peuvent avoir beaucoup d'exigences. On doit les entendre, mais ça ne veut pas dire que tout doit être accepté. Par exemple, au sujet des siestes, si le parent veut qu'on réveille l'enfant, il est important d'essayer de cheminer vers une alliance avec lui dans l'intérêt de l'enfant. Ensemble on doit réfléchir à la problématique et on doit chercher ensemble une solution comme peut-être le coucher plus tôt.

Vous ne devez pas oublier que si un parent est très exigent voire vous fait beaucoup de reproches, c'est peut-être parce que vous représentez quelque chose d'intolérable pour lui : la séparation ! Il faudra alors faire preuve d'empathie : essayer de se mettre à la place de l'autre pour comprendre ce qu'il ressent (si j'étais à sa place comment je réagirais ?).

Les transmissions du soir :

Elles doivent prendre un peu plus de temps. 5 minutes suffisent mais il faut que ce soit du vrai temps. On ne doit pas oublier que ce que l'on va dire, l'enfant l'entend, même si c'est un bébé, donc on ne doit donc pas mentir en disant par exemple que tout s'est bien passé alors qu'il a hurlé une bonne partie de la journée. On lui renvoie l'image de ce qu'il a été dans la journée. Si vous ne lui renvoyez pas la bonne image, il pensera que vous n'avez rien compris. On devra plutôt, sans mentir, réussir à dire aussi ce qui a été positif dans la journée. 

D'ailleurs, comme cela renvoie aussi aux parents, l'image que l'on se fait de l'enfant, il  est important de trouver tous les jours, une chose positive à dire ainsi qu'une anecdote à raconter. Plus on raconte de détails, plus ça montre à l'enfant (ainsi qu'aux parents) que l'on a fait attention à lui et donc qu'il est important. On construit ainsi l'estime de soi. Ça donne aussi confiance aux parents et ça va les aider. Il ne faut pas se contenter de parler du corps de l'enfant (bien mangé, bien dormi, fait caca...). Nous ne "gardons" pas simplement les enfants, nous les aidons à se construire.

On peut aussi s'interroger sur la façon dont on dit les choses. Bien mangé, ça veut dire quoi ? Pour Miriam Rasse, bien manger c'est manger avec plaisir. Qu'importe si l'assiette a été ou n'a pas été finie.  

Il est important pour l'enfant qu'il se rende compte que l'assistante maternelle et les parents se parlent.

Ainsi s'achève ce compte rendu qui aurait certainement été un peu plus complet si je n'avais pas laissé passer autant de temps entre sa rédaction et la réunion. J'en profite pour vous rappeler que sur le site, il existe des fiches qui peuvent vous aider dans ces transmissions. 

Je vous avais présenté l'une d'elle ici : 
et la version 2015 arrivera très prochainement.

A bientôt ! 

Cet article a également été publié sur le blog "Pour un accueil à la Pikler" 

1 commentaire:

  1. Merci pour ce résumé de cette réunion.
    Exactement ce que j'ai écrit dans mon projet d'accueil.
    Exactement ce que j'essaie de transmettre aux parents. Se faire confiance, je ne suis qu'un relais, et si leur enfant est différent c'est parce que les enjeux et le lien affectif n'est pas le même.
    Cela me conforte dans ma façon de procéder.

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